Trouver sa « voix », l’enjeu du coaching vocal

« Face à un public, votre pire ennemi, c’est vous-même ». La vérité peut sembler première. Elle a le mérite de souligner une spécificité française : notre difficulté à nous exprimer en public. Media Acting© revient sur une composante essentielle de la personnalité de l’orateur : sa voix. Pour prendre la mesure de l’importance de la voix dans un échange, il faut savoir que l’on retient toujours mieux les intonations d’une parole que la signification. Les études comportementales nous apprennent que la partie « voix » d’un propos est un élément incontournable du message lui-même.

Les spécialistes ont même réussi à chiffrer tout cela : on l’appelle la règle des 55-38-7 ou règle des « trois V » (verbal – vocal – visuel). Son inventeur, Albert Mehrabian, professeur au département de psychologie de UCLA, a pu prouvé que 7 % seulement du capital-sympathie qui émane d’un orateur proviennent de ses paroles, même si la teneur des propos est positive. La gestuelle et le non-verbal impactent pour 55 % l’auditoire. Quant à la voix de l’orateur et sa variation prosodique, elle compte pour 38% dans ce feed-back positif. Conclusion : la satisfaction de votre auditoire doit donc beaucoup plus aux modulations de votre voix qu’au contenu de votre discours. Étonnant, non ?

Stars et hommes politiques, bêtes de scène super-entraînés

Outre les chanteurs, les hommes politiques ont été les premiers à prendre conscience de la nécessité d’ajuster leur vibrato au millimètre. Barack Obama et Nicolas Sarkozy, malgré leur aisance naturelle devant un auditoire, savent que leur prestation est disséquée en « live », pour évaluer la proximité de leur discours avec l’audience télévisée. Le placement vocal, les scansions qui rythment leurs speechs, les gestes qui les accompagnent sont travaillés avec soin avant les grandes messes du 20h. Idem pour les CEO des groupes internationaux, qui pratiquent les exercices de relaxation ou de respiration avant de se lancer dans la « keynote » stratégique qui influera ipso facto sur les cours de bourse. D’une manière générale, dans les métiers d’encadrement qui mettent en jeu la voix comme l’outil principal de conviction, le coaching vocal apparaît aujourd’hui comme une composante du succès : motivation des équipes, fixation des objectifs, renforcement du leadership du dirigeant.

« Et si on est nul à l’oral ? »

« Ma voix ne sera jamais mon truc pour convaincre. Alors, à quoi bon travailler sur ma voix ? » Ce constat fataliste, entendu au début de chaque formation avant d’être rapidement démonté, a toujours le mérite de poser clairement le problème : que faire lorsqu’on est affublé d’une voix défaillante ou faussée ? Peut-on vraiment récupérer un défaut de langage ? A cette épineuse question, les coachs apportent toujours une réponse claire que les managers découvrent au fur et à mesure de leur accompagnement : « Face à une personne qui n’est pas à l’aise à l’oral, le coach doit effectuer un indispensable diagnostic, explique Isabelle Benech, responsable pédagogique de Personnalité. Il doit s’attacher à détecter le terrain sur lequel on travaillera l’expression. » Autrement dit, pas question de transformer un souffle fluet en voix de stentor. Ni d’ôter un cheveu sur la langue. Encore moins de raboter un accent. Un accompagnement sur la voix est une démarche qui permet d’accepter ses éventuels défauts pour les intégrer dans sa manière de s’exprimer. C’est pourquoi le travail sur sa voix dépasse toujours l’exercice de vocalisation pour entrer dans le champ du développement personnel. Grâce au coaching vocal, les personnes timides, s’exprimant difficilement, peuvent apprendre à développer une approche comportementale de la prise de parole centrée sur la régulation des énergies et la confiance en soi. En travaillant sur la colonne d’air, la respiration, la scansion, on arrive à faire évoluer l’état d’esprit d’une personne introvertie, qui, du coup, sera bien armée lors d’une prochaine prise de parole.

Faire d’un défaut un atout à l’oral

L’art du coach est donc de s’appuyez sur la particularité de votre voix : un accent, une intonation particulière, voire un réel défaut. N’oubliez pas que Louis Jouvet était bègue, tout comme l’est François Bayrou. Force est de constater que le premier a su, contrairement au second, apprendre à travailler une scansion bien particulière qui a rendu l’intonation de sa voix inimitable. Le coach s’adapte donc au profil en proposant des outils personnalisés : la voix est-elle le reflet d’un stress apparent ? Le travail se focalisera sur les émotions comme la colère ou l’enthousiasme. La maîtrise de la respiration et un travail de relaxation permettront de canaliser l’air et ainsi de mieux gérer la partie affective de la pensée. D’autres, dont la voix exprime une hésitation et une difficulté d’organiser sa pensée, s’exerceront à positionner leur voix, à travers des exercices d’articulation, de rythmique et de scansion, afin de parvenir à un discours fluide, capable de séduire un auditoire. Finalement, le coach ne fait qu’ouvrir la voix…

Trois conseils pour mieux utiliser sa voix

  1. Parler plus fort.
  2. Pour éviter les atermoiements pénibles avec votre micro, collez-le verticalement sur votre menton. Sans micro, ajustez le niveau sonore de votre voix à celle de votre auditoire le plus éloigné.
  3. Après avoir délivré une information essentielle, marquez un silence pédagogique. Laissez s’écouler cinq secondes, en les comptant mentalement : vous multiplierez l’impact de votre dernier message sur votre audience, à qui vous laissez le temps d’intégrer l’information.

Présentation Powerpoint : point trop n’en faut…

Vous l’avez sans doute vécu. C’est le rite managérial à la mode que celui de la présentation PowerPoint. Vous savez, cette longue litanie digne d’une inauguration de sous-préfecture. Les intervenants sont généralement de dos car ils passent leur temps à parler à l’écran. Ils ânonnent des slogans sans y croire. Souvent, ils cherchent désespérément des synonymes de « vision stratégique » car, hélas, sur le fond vert pâle figure déjà, sur la même page, en caractères quasi-microscopiques, quatre fois le mot « stratégique ». Soyez honnêtes : vous avez satisfait, une fois au moins, à ce roboratif cérémonial. Posez-vous maintenant la question équivalente au montant de votre prochain contrat : quel rôle doit-on réellement accorder aux présentations PowerPoint ?

Première réponse (la mauvaise) : « ce support est génial et je vais en mettre plein la vue ! » La technologie, ça vous connaît. La rédaction aussi. L’affaire est entendue :  relisez Proust et concoctez-nous de belles phrases avec sujet, verbe, adverbe et conjonction de coordination. Truffez vos 7 paragraphes (par slide) d’une animation à faire pâlir « Johnny To » en faisant jaillir une photo de votre produit d’une spirale tournoyante qui s’ouvre avec effet « volets coulissants » et qui éclate en une pluie d’étoiles filantes. Ça va péter. Utilisez la technique dans toutes ses ressources, enregistrez votre voix dans l’ordinateur, sous la forme d’une lecture mot à mot, bien synchronisée avec l’apparition de votre jolie prose fuchsia sur fond bigarré. Éteignez la lumière, lancez votre PPS et, disparaissez.

Disparaissez… car vous venez de perdre vos clients, prospects, partenaires ou collaborateurs. C’est selon.

- Deuxième réponse (la bonne) : Si, au contraire, vous partagez l’analyse selon laquelle un slide doit contenir, pour être pleinement efficace, tout au plus 8 mots pour un thème et une seule illustration. Que leur fonction est de susciter la curiosité d’un public qui soit suspendu à votre voix, alors vous avez une chance. Une forte chance d’entrer dans le club des gens que l’on a envie d’inviter à nouveau en réunion. Que l’on brûle de présenter à son big boss.

Il est grand temps d’oublier les interventions ronflantes précédées d’excuses « c’est-un-document-pas lisible-mais-je-vous-le-présente-quand-même-car-il-vous-donnera-une-idée-précise-de….. »

Les slides sont tout sauf les antisèches d’un orateur. La conviction c’est vous qui la donnez pas les slides….Appelez-les comme vous voulez : Teasing, rappels, accroches, base-line. Souvenez-vous qu’elles sont juste un moyen de compléter vos propos et ceci d’une voix que l’on saura varier moduler, scander, arrêter, relancer…..

De voix, il est en largement question dans la lettre du Media Acting© de juin, car si elle demeure notre atout majeur, encore faut-il savoir l’exploiter avec intelligence et discernement.

Philippe Leclerc

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