Voix : montrez patte blanche !

On connaît l’importance de la voix de la communication interpersonnelle. A en croire le professeur Mehrabian, 38% du capital sympathie est forgé par la voix dans les deux premières minutes de la communication. Après ces deux minutes, ce pourcentage passe à 58%.
Autant dire que la voix n’est pas un élément à négliger. Pour autant, on évoque moins la portée politique de la voix. L’Express nous mettait déjà en garde en 2004 : « l’égalité des sexes est passée par le larynx » et l’ENS a organisé le 26 novembre 2011 une journée d’étude intitulée « Genre et voix » pour faire le point sur la question.
Le dressage du larynx, ou la question du stéréotype
Dans son compte-rendu de cette journée (disponible ici), la journaliste Prune Quellien met à jour 7 idées reçues sur la voix féminines. Et le résultat est détonant : la mue n’est pas l’apanage des hommes, ni la voix grave d’ailleurs. Plus radicalement, selon les dernières études, il n’y a pas de différence de timbre ou de hauteur qui soient imputables à une nature physiologique de notre appareil phonétique. En d’autres termes, les femmes n’ont pas naturellement une voix plus aigüe que les hommes. Bien évidemment, des différences de hauteur existent, mais les positions sociales qui leur sont attribuées (Homme / femme) sont, elles, le résultat d’une construction sociale complexe. Notre voix et la façon dont on l’utilise pour communiquer sont donc fortement façonnées par un stéréotype. D’où l’enjeu politique omniprésent dans cet article, puisqu’il y a là une certaine norme sociale qui passe par le dressage du larynx.
Pour autant, le stéréotype est une catégorie ambigüe. Comme le montre l’universitaire Ruth Amossy dans son ouvrage dédié à la question, s’il est aujourd’hui communément condamné (instrument de pouvoir, réduction simplificatrice…), il est aussi un formidable instrument de reconnaissance. Lorsqu’une situation inédite se présente à moi, lorsque je me trouve dans un contexte déstabilisant, j’ai recours pour prendre ma décision à une idée préconçue que je peux appliquer immédiatement. Par exemple, quand j’appelle quelqu’un pour la première fois, je vais faire confiance à l’habitude et au stéréotype pour déterminer par la seule voix si j’ai affaire à un homme ou à une femme. Lors d’un rendez-vous d’affaires, les vêtements portés par mon interlocuteur vont me permettre d’immédiatement le situer en termes de secteur d’activité, de niveau de responsabilité voire de rémunération etc. Dans tout les cas, je fais appel à un stéréotype. De nombreux chercheurs en sciences cognitives comme David Hamilton ont montrés cette valeur positive du stéréotype, valeur que nous avons tendance à négliger, voire à oublier.
Jouer ou s’en jouer ?
Le stéréotype permet donc de montrer « patte blanche » en un clin d’œil. Et il y à fort à parier que les chiffres avancés par le Pr Mehrabian sont fortement tributaires des stéréotypes. L’impression que je vais donner dans les premiers instants de la communication vont être déterminés par ma voix, et surtout l’adéquation, ou non, à l’image attendue de moi à cet instant précis. Le temps est une variable cruciale ici, car c’est au fil du temps que les représentations stéréotypiques vont être abandonnées au profit d’une appréhension plus complexe de l’interaction.
C’est pourquoi l’apprentissage de techniques de voix permet de jouer et de se jouer du stéréotype selon le contexte. Maîtriser sa voix, ce n’est pas seulement échapper à une norme sociale, c’est aussi surtout rassurer son auditeur, lui donner toutes les garanties possibles afin de contrôler au mieux la situation. Sans pour autant sombrer dans la caricature. Quelques écarts seront les bienvenus : une intonation plus grave, un silence inhabituel, un volume sonore inattendu… Autant de petits détails qui, s’ils sont maîtrisés, vous aideront à entretenir la curiosité de votre interlocuteur et à laisser une empreinte, un « style » bien personnel.
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